RÉPONSE À BOUSSOUF SUR LES DROITS POLITIQUES DES CITOYENS MRE (11) – Dr Abdelkrim Belguendouz

L’émission «Al Oâmk Almaghribi » a vu dernièrement le passage de Abdellah Boussouf, secrétaire général du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger qui a développé (avec un journaliste qui se trouve être le directeur du site, mais sans contradicteur), sa version comme responsable du CCME, sur un certain nombre de points importants relatifs au Conseil, aux droits politiques des MRE, aux politiques publiques en leur direction et à d’autres thèmes. L’émission s’est déroulée en arabe, mais le site a fait et publié également une synthèse en français sur chaque partie. 

Celle que nous continuons à discuter ici, est consacrée à la participation politique des MRE, publiée par le site « Al Oâmk Almaghribi » en français sous le titre : « Boussouf appelle le gouvernement et le parlement à assumer leur responsabilité dans la participation politique des MRE ».

Après chacun des passages de la déclaration de Boussouf (qui sont précédés par la référence : (le site «Al Oâmk») et publiés en italique, nous formulons  nos remarques, observations et propositions dans un cadre d’éclairage et de décryptage. Il faut se parler, ne pas rompre l’échange. Notre dialogue public que nous voulons franc, sans complaisance, serein, constructif avec le secrétaire général du CCME et respectueux de la personne (et de tous les responsables interpellées ici), a déjà donné lieu, à la publication de quatre parties par Diwane.net :

1- Déclarations très discutables du secrétaire général du CCME

2- La direction du CCME est aussi responsable que les gouvernements successifs et les majorités parlementaires respectives, de la non effectivité des droits politiques des citoyens MRE

3- Double langage du secrétaire général du CCME et non existence d’un avis consultatif du Conseil relatif à la représentation MRE à la Chambre des Conseillers. 

4- Le secrétaire général du CCME a combattu l’action responsable des partis et des parlementaires en matière de droits politiques des citoyens MRE.

Voici aujourd’hui, la cinquième et dernière partie sous le titre : Il y’a loin du CCME à la CCME ! 

LE SITE « AL OÂMK »

Commentant les récents meetings exceptionnelles lancées par le RNI envers les Marocains du monde et qui laisseraient entendre que ce parti a reçu des signaux selon lesquels une prochaine participation de nos MRE est en cours de préparation, Boussouf indique que «tous les partis sont actifs à l’étranger, cela dépend du poids de chaque parti mais ils sont tous actifs, et je ne pense pas qu’il y ait des signaux qu’un parti aurait  spécialement reçus parce que tous les partis travaillent et cherchent à se rapprocher de cette communauté ».

Pour Bousouf, la question qui se pose aujourd’hui est la suivante: “Quelle est la position du gouvernement concernant cette question dans la perspective des élections de 2021 ? A t-il l’intention de présenter un projet au Parlement pour qu’il soit voté par la majorité, sachant que cette question ne fait pas l’objet d’un désaccord entre la majorité et l’opposition. Au contraire, elle est le seul sujet sur lequel ils sont tous les deux d’accord ».

 

NOS REMARQUES

Dans cette discussion, nous verrons que l’interpellation du chef de l’Exécutif  par le secrétaire général du Conseil de la communauté marocaine à l’étranger a toute sa place, mais…

Une interpellation fondée du chef de l’Exécutif, mais… 

L’interpellation du chef du gouvernement El Othmani est fort pertinente dans la mesure où, interrogé le 24 juin 2019 par les députés de l’Istiqlal, du PAM et de l’USFP sur la nécessité de préparer dès ce moment-là, la participation politique des MRE, le chef de l’Exécutif a répondu de manière laconique : « oui, je suis pour la participation politique des MRE. Mais la question ne sera pas débattue maintenant ». Et d’ajouter : « Il faut attendre jusqu’en 2021. Nous aborderons ce sujet lors de l’examen du projet de code électoral ».

Ce recul dans le temps, n’est-il pas une simple manœuvre pour ne pas assumer ses responsabilités et, une fois le sujet abordé à la veille des élections législatives, on dira à nouveau qu’on est pris par le temps, qu’il y’a des problèmes logistiques et techniques qu’on ne peut résoudre.

Pourtant, la nécessité de se hâter dans la préparation  est une urgence absolue, car il faut penser à différentes mesures à prendre et réunir à l’avance les conditions de leur réussite :

– Modifier la loi électorale pour garantir à tout(e) marocain(e) majeur à l’étranger, le droit de vote et d’éligibilité aux législatives marocaine à partir des pays de résidence.

– Modifier la loi organique concernant la chambre des représentants pour fixer le nombre de sièges de députés marocains de l’étranger.

– Établir les listes des locaux électorales des marocains à l’étranger à partir de 18 ans pour le droit de vote, avec le lancement des campagnes d’information et de sensibilisation, nécessitant une étroite implication, en particulier des partis politiques marocains.

– Définir les circonscriptions électorales législatives dans les pays d’accueil afin que tou(e)s les  Marocain(e)s de l’étranger soit véritablement représentés.

– organiser la participation de la société civile, le financement, le déroulement des campagnes électorales.

– Prévoir l’organisation des modalités du vote : nombre de bureaux de vote, lieux du vote, durée du scrutin (plusieurs jours), composition des bureaux de vote, observateurs à identifier et à former…

– Mise à disposition des consulats des moyens humains, matériels et techniques pour la réussite de l’opération  de vote.

– instaurer une structure de contrôle des élections dans les pays d’accueil (à domicilier dans les ambassades et consulats du Maroc ) , sachant que ceci est du ressort des instances marocaines , au même titre d’ailleurs que la résolution des litiges électoraux, que les détracteurs de la participation politique des MRE, présentent comme une question difficile à résoudre.

Mais

 Par conséquent, telle que la formulation est rappelée par le site « Al Oâmk », cité plus haut, l’interpellation du gouvernement El Othmani par le secrétaire général du CCME est fondée et devrait faire réagir positivement l’Exécutif. Cependant, compte tenu de toutes les contradictions du secrétaire général du Conseil, nous posons à celui-ci  les trois questions suivantes :

1- Première question 

Au lieu d’interpeller  vivement le chef du gouvernement actuel, le secrétaire général du CCME ne devrait-il pas plutôt manifester sa grande satisfaction et son soulagement du fait que, dans le cadre du gouvernement El Othmani, la nouvelle ministre déléguée chargée des MRE, adhère maintenant à sa propre vision, réussissant ainsi à construire une connivence politique avec l’ex «Voix de la Jaliya » au parlement, qui tourne maintenant le dos à ses engagements en tant qu’ex-députée du PJD, en faveur des droits politiques des citoyens MRE ?

En effet, à l’occasion de l’ouverture le 21 décembre 2019, de la troisième édition de l’Université des Jeunes Marocains du Monde, la ministre déléguée chargée des MRE, a annoncé ce qu’elle a appelé sa «nouvelle démarche », consistant  à appuyer les jeunes et à « ouvrir une nouvelle page dans la citoyenneté des pays d’accueil » (comme si l’effectivité de la citoyenneté des binationaux dans les pays d’installation dépendait de son intervention, et n’était pas de leurs compétences souveraines). Elle ajoutait que d’après sa propre expérience d’émigrée, « le Maroc a l’obligation et le devoir de faire réussir le processus de citoyenneté à l’étranger, avec la nécessité de nouer et de renforcer les liens culturels, religieux et identitaires avec le pays d’origine, ainsi que la participation à son développement, par le biais notamment de l’application par le Maroc des compétences marocaines établies à l’étranger ».

Dans la même lignée, elle a exprimé sa profonde conviction que voici à l’égard des jeunes MRE dans leurs pays de vie : « grâce  au soutien de vos parents, vous disposez de tous les atouts et aptitudes pour devenir Inch’Allah, des parlementaires élus, des ministres, voir même des chefs d’État », en donnant plusieurs exemples dans des pays d’immigration.

Mais dans son intervention, rien sur les droits politiques des citoyens MRE, s’alignant ainsi sur les positions viscéralement antiparticipationnistes des dirigeants du CCME, comme le secrétaire général du Conseil, qui a affirmé à plusieurs reprises comme nous l’avons montré dans les parties précédentes, que les MRE (qui sont plutôt des citoyens des pays d’accueil), n’ont et ne peuvent avoir avec le Maroc, que des liens culturels et religieux, et nullement des liens politiques !

2Seconde question 

Si, concernant la participation politique des citoyens MRE et comme affirmé dans la déclaration faite à « Al Oâmk Almaghribi », les partis de la majorité et de l’opposition réalisent l’unanimité politique autour de cette question, pourquoi lorsque certains d’entre eux déposent des propositions de loi dans cet esprit, le secrétaire général du Conseil  lève la hache de guerre ? Le fait-il de son propre chef (ce qui est en totale contradiction avec ses positions « participationnistes » maintes fois affichées,  rappelées précédemment), ou bien est-il incité par certains qui le «coachent (« يحرشونه»)?

3- Troisième question 

Les responsables  de ce Conseil vont-ils se résoudre enfin à défendre les droits politiques des citoyens MRE par rapport au Maroc et à présenter en bonne et due forme un avis consultatif au Souverain dans cet esprit ? Plus qu’une simple formalité technique ou une procédure superflue, la délibération de l’assemblée plénière du Conseil est impérative. Elle seule permet d’impliquer l’ensemble des membres délibérants du CCME et de donner sa légitimité à l’avis consultatif (article 12 du dahir n°1-07-208 du 21 décembre 2007 portant création du Conseil) ,qui ne peut se résumer à la seule vision du groupe de travail interne au Conseil concerné, et encore moins à de simples recommandations d’experts extérieurs sollicités , sans que l’on sache par ailleurs si la direction du Conseil a réellement envoyé cet « avis » (qui a les prérogatives pour le faire ?).

LE SITE « AL OÂMK »

L’officiel marocain a appelé à “un dialogue responsable et sérieux afin de trouver un consensus qui serve les intérêts et des Marocains du monde et du Maroc”, ajoutant qu’” il n’y a probablement pas un modèle de participation politique à travers le monde, car chaque pays traite ce dossier selon son intérêt. C’est en ce sens que le Maroc doit créer son propre modèle afin de permettre la participation politique des marocains du monde ».

Cependant et afin de montrer un certain sérieux, le secrétaire général du CCME déclare: «Nous devons commencer par des choses qui ne nécessitent pas la participation politique comme la participation des MRE aux instances de gouvernance, ce qui est également essentiel et pourrait atténuer la tension, et permettre de traiter les problèmes des MRE à travers ces instances ». 

مقالات ذات صلة

اضف رد

You must be logged in to post a comment.