RÉPONSE À BOUSSOUF SUR LES DROITS POLITIQUES DES CITOYENS MRE (9)  – Dr Abdelkrim Belguendouz

 

LE SITE « AL OÂMK »

A la question de savoir si les Marocains  du monde n’ont pas été autorisés à participer au vote parce que le PJD en aurait bénéficié, Boussouf répond: “Je ne suis pas du tout d’accord avec cette affirmation. Je ne pense pas qu’elle soit possible, car je connais bien les tendances des Marocains du monde. Nous ne pouvons prévoir quel parti aura la majorité des sièges au sein des MRE. C’est une question de conjecture qui n’est ni réaliste ni plausible ».

NOS REMARQUES

Les observations que nous allons formuler sont au nombre de quatre, tournant autour du déni de l’approche sécuritaire :

– instrumentalisations du sondage BVA de 2009 ;

– les «  conseils  »   de Sarkozy ;

– un lapsus révélateur dans le livre du CCME d’octobre 2003 ;

– opposition avec le descours royal du 6 novembre 2007.

1- Instrumentalisations du sondage BVA de 2009 :

Le secrétaire général du CCME affirme de manière péremptoire « bien connaître les tendances (politiques) des Marocains du monde », mais il ne le démontre nullement. Et même le sondage de 2009 commandité par le CCME à l’Institut BVA, avec un échantillon de 2819 personnes marocaines ou « d’origine marocaine » en France, Italie, Espagne, Belgique, Pays-Bas, Allemagne, a été instrumentalisé. En effet, la participation des sondés a été relevée dans divers domaines aussi bien dans le pays de séjour que par rapport au Maroc, sauf dans celui de l’intérêt pour la vie citoyenne : intérêt à l’actualité politique, à l’inscription sur les listes électorales…où n’ont été étudiées que les perceptions en pays de résidence et non pas également par rapport au Maroc, pour justifier et conforter par la suite, l’argument de l’absence de demande démocratique des citoyens MRE par rapport au  Maroc ! La ficelle était trop grosse !

2- Les « conseils » de Sarkozy :

Rappelons que pour les législatives de 2007, l’exclusion des MRE provient des informations-conseils fournies par le ministre français de l’Intérieur à l’époque, Nicolas Sarkozy, sur la probable hégémonie du vote « intégriste », si les MRE participaient au scrutin législatif à partir des pays d’accueil. Si ce genre d’hypothèse, selon Boussouf, « n’est ni réaliste, ni plausible », elle a été émise sur la base des services de renseignement français, qui ont leurs propres bases d’information et qui collaborent eux-mêmes avec les services d’autres pays européens d’immigration marocaine comme la Belgique, l’Espagne, les Pays-Bas etc…

De l’avis de certains analystes, ce serait l’aspect « plus indépendant », « moins modéré », « non soft », et la non maitrise de courants islamistes « ravageurs » (autres que le PJD) par les autorités marocaines à l’étranger, qui auraient amené les responsables à Rabat à modifier leur position, en hypothéquant le vote des MRE, décidé pourtant solennellement par le discours royal du 6 novembre 2005.

La présence de ces éléments non maîtrisés au sein de l’émigration marocaine et proches de mosquées très différentes, serait dérangeante et perturbatrice au fonctionnement normal ou habituel de l’institution parlementaire, qui offrirait une tribune et un espace d’expression inespéré pour ces courants « intégristes » ou « islamistes » indésirables et non fréquentables.

Il s’agissait par conséquent de ne pas accorder à la mouvance islamiste (au sens large), une sorte de prime ou de bonus électoral, qui lui permettrait de conforter son avance dans la représentation parlementaire, étant donné son dynamisme parmi les membres de la communauté marocaine à l’étranger et son immense capacité de mobilisation politique (grâce surtout aux mosquées), comparée aux formations politiques « traditionnelles », qu’elles soient de la majorité ou de l’opposition.

3- Un lapsus révélateur 

Depuis la date instituant la démarche dite « progressive » (communiqué du 16 juin 2006 du ministère de l’intérieur), l’approche du dossier politique des MRE est restée dominée par la vision sécuritaire, avec la peur des résultats des urnes, les MRE étant considérés comme un danger, une source de risque et de menace déstabilisatrice pour le Maroc. Dans un lapsus révélateur et comme on l’a déjà vu dans la première partie de notre contribution au débat, c’est le CCME lui même qui reconnaît à la page 19 de son livre édité en français en octobre 2013 et intitulé : « la question de la participation politique et de la représentation parlementaire des Marocains du monde »  que «la participation politique des expatriés pose des questions majeures quant aux équilibres politiques intérieurs »! Cette citation a été reprise aussi dans l’édition en langue arabe du même livre et également dans des brochures ultérieures du CCME.

Selon cette approche « évolutive » ou « graduelle », les responsables du CCME interviennent en fait dans le sens du lobby qui bloque, sabote et ne veut nullement ni de la participation et de la représentation politique au Maroc des citoyens marocains à l’étranger, ni d’un CCME élu, comme à titre comparatif, ceci est le cas de l’élection de l’Assemblée des Français de l’Etranger (qui élit à son tour les 12 sénateurs de l’étranger), du Conseil Général des Italiens de l’Etranger (sur 104 membres, 75 sont élus par les Italiens de l’extérieur), du Haut Conseil des Togolais de l’Extérieur (HCTE)…

4- Opposition avec  le discours royal du 6 novembre 2007 :

Pourtant, sur le refus de la direction du CCME d’avoir un conseil élu, (les modalités de l’élection pouvant être diverses, bien entendu, pas nécessairement le vote direct de tous les MRE), le discours royal du 6 novembre 2007, envisageait pour l’avenir un conseil représentatif, démocratique et efficient. Il exprimait avec force en effet pour le prochain CCME, concernant les modalités de sa constitution, sa « conviction que la représentativité authentique profonde procède en fait de l’élection ». Dans la même lignée, le roi ajoute une seconde prémisse de base : « le deuxième fondement traduit la nécessité d’écarter la désignation directe, et ce pour des raisons de principe. Car c’est d’une instance représentative qu’il s’agit, et non d’une fonction administrative ou d’un poste politique. Par conséquent, l’élection reste nécessaire et souhaitable comme point de départ et comme objectif pour la mise en place de cette institution ». 

Clarifions un autre point à ce niveau à travers trois éléments :

– l’élection du CCME dans sa partie relative aux MRE, ne peut être rejetée du simple fait que les membres de toutes les autres institutions nationales de bonne gouvernance, sont nommés et qu’il ne saurait y avoir d’exception. La spécificité du CCME peut l’autoriser ;

– l’élection ici, n’est en rien contradictoire avec le caractère consultatif de l’institution. On peut être un conseil consultatif, alors que les membres (délibérants) sont élus : Conseil général des Italiens de l’extérieur; Assemblée des Français de l’étranger;

– en rapport avec le parlement élu, on ne peut arguer qu’il ne peut y avoir une «double légitimité» ou un « conflit de légitimité », en raison de l’élection du CCME.

Enfin, au vu du comportement d’un nombre relativement important de kamikazes d’origine marocaine, impliqués dans des actions violentes et mortifères, principalement en Europe, que fait le «Conseil Européen des Oulémas Marocains » et qu’elle est la démarche menée dans le domaine religieux par certains membres du CCME (un groupe de travail spécifique existe en ce domaine) et une partie de sa direction (le secrétaire général), qui ont été choisis en raison dit-on, de leur connaissance du milieu, de leur expertise et de leurs potentialités d’intervention dans le domaine cultuel !?

Pourquoi, là aussi, en dehors de séminaires ou l’édition de livres (qui constituent des activités intéressantes en soi, mais le Conseil n’est pas un acteur culturel, comme l’a reconnu le SG du Conseil  lui-même dans un entretien avec la MAP en date du 29 mars 2013, publié sur le site du Conseil), aucun avis consultatif en bonne et due forme, n’a été préparé et adopté par les instances habilitées du CCME ?

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Selon lui, (il s’agit de Boussouf, secrétaire général du CCME) « la question de la participation politique est épineuse et sensible, et nécessite un consensus ». Et d’ajouter que le CCME a toujours appelé à « ouvrir une discussion approfondie avec toutes les composantes essentielles. Lorsqu’ils soumettent des projets de loi, certains partis politiques savent qu’ils ne passeront pas au Parlement. Par conséquent, il s’agit plus d’une surenchère politique de leur part que d’un travail sérieux ».

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